Ma jeunesse
Je grandis, les années passent et les petits problèmes commencent à faire leurs apparitions au C.M.2. Rien de bien grave en soi mais qui peuvent être frustrant pour une enfant. A l'école tout se passe bien dans l'ensemble pour le moment. Quelques uns de mes camarades me titillent de plus en plus sur ma façon de m'habiller, d'autres sur ma coupe de cheveux. Pour ce qui est de mes vêtements, c'est vrai que je regardais les autres filles avec envie et jalousie. J'aurais aimé que ma mère me propose de passer un samedi après-midi en ville pour que nous choisissions ensemble quelques fringues plus à la mode, mais la rengaine était toujours la même:
«Tu as vu toutes les piles de dossiers que j'ai a finir pour lundi?»
Effectivement, à cette époque, la table de la salle à manger ressemblait plus à un bureau qu'à une table pour repas familiaux!
Concernant ma fameuse coupe de cheveux, là aussi j'ai demandé à ma mère qu'elle m'emmène chez le coiffeur. Il faut quand même savoir que mon coiffeur attitré était mon père, ce qui veut dire «frange escalier» et moquerie de tout le monde dans la cour de l'école. Cela pouvait encore passer quand j'étais à la maternelle, mais à l'approche de la 6° c'était catastrophique. Heureusement pour lui, et surtout pour les autres, il n'en a jamais fait son métier!!! Ma mère a donc accepté de m'emmener avec elle chez son coiffeur, mais, déception, pas le droit de choisir moi-même ma coupe. Résultat, super coupe bizarre, brushing de grand-mère, youpi!!! Mais pas question de râler ou de dire quoique ce soit sinon je savais très bien que la prochaine fois, il n'y aurait rien du tout. Quelques temps plus tard, un mardi soir, je reviens à la charge concernant mes vêtements et mes chaussures. Je ne sais pas pourquoi mais je m'attendais à la réponse:
«Je bosse toute la semaine et le weekend j'ai envie d'être tranquille. Et en plus tu sais bien que je me farcis tout le ménage le samedi!»
Qu'à cela ne tienne, le lendemain, mercredi, je me mets au ménage à fond. Quand je dis à fond ça veut dire aspirateur, laver les sols, faire les vitres, poussières sur et sous les moindres petits bibelots & compagnie, et pour finir gâteau au chocolat. Je dois bien reconnaître qu'il n'y avait pas gamine de 10 ans plus fière que moi ce jour là. L'exploit était d'autant plus grand que j'avais réussi à motiver mon petit frère pour me donner un coup de main. Exploit car à cette période il était impossible de le décrocher de la télé. J'attendais donc avec impatience l'arrivée de mes parents pour voir leur réaction. Mon père est arrivé le premier et après avoir fait le tour de la maison avec nous, il nous a dit à quel point il était fier et était pressé de goûter au gâteau. Puis ma mère est rentré.
«Quelle journée de merde, y a encore eu ça et ça et ça au boulot, etc, etc,etc....j'en ai marre je suis claquée!»
J'ai pris mon courage à deux mains et j'ai été dire à ma mère tout ce que mon frère et moi avions fait ce jour-là. J'étais très contente jusqu'à ce qu'elle me réponde:
«C'est quand même la moindre des choses que vous foutiez un peu quelque chose vous aussi. Après tout je ne suis toujours au boulot ce n'est donc pas moi qui sali le plus ici!»
Et d'un seul coup, elle explose:
«Mais qu'est-ce que c'est que ça? Qui a fait ça?»
En faisant la poussière, j'avais cassé un petit bibelot.
«T'as vu maman j'ai aussi fais un gâteau au chocolat...»
«Merci c'est super sympa de penser à mon régime! De toute façon tout le monde s'en fout ici!!!»
Moi, sans me démonter:
«Comme le ménage est fait et que tu n'auras pas à le faire samedi on pourra aller en ville?»
«Avec toutes les emmerdes que j'ai au boulot je vais encore avoir du travail tout le weekend alors j'ai autre chose à foutre que d'aller me promener!!!»
Youpi. Je suis dégoûtée et je vais me coucher sans même goûter au gâteau au chocolat, de toute façon je suis punie à cause du bibelot.
Le dimanche suivant, nous sommes invités chez le frère de mon père pour le repas de midi. Je suis contente d'aller voir ma cousine. Tout le reste de la semaine et pendant le trajet jusque chez eux, ma mère ne fait que râler car elle n'aime pas son beau-frère. Elle répète sans arrêt que c'est un con, qu'il est chiant et que c'est un gréviste fainéant de la S.N.C.F. Je ne comprends pas tout ce que ça veut dire à mon âge, mais je me mets dans la tête qu'il est con. A force d'entendre toujours la même chose, ça fini par rentrer. Après le repas, nous allons jouer dans la chambre de ma cousine. Elle me montre tout l'argent qu'elle a dans sa tirelire. Je me mets à m'imaginer les chaussures et les vêtements que je pourrais m'acheter si j'avais aussi de l'argent. Fini les moqueries à l'école. Et là, sans même y réfléchir je mets une partie de l'argent dans ma poche. Sur le trajet du retour, j'ai voulu compter l'argent que j'avais en poche. Mes parents ont entendu le tintement des pièces et m'ont aussitôt assailli de questions. De peur, j'ai fini par avouer, mais sans leur donner la vrai raison qui m'avait pousser à faire ça car je savais que si je le faisais, ma mère aurait piqué une crise. Quand nous sommes arrivés à la maison, j'ai dû monter dans ma chambre et mon père est monté me donner «sa punition».
Je n'ai jamais compris pourquoi mon père me «punissait» à sa façon. Nous n'en avons d'ailleurs jamais reparlé de ces fameuses «punitions». Je me souviens que j' appelais ma mère de toutes mes forces pour qu'elle monte et qu'elle mette fin à ses «punitions» horribles, mais elle n'est jamais monté.
A l'école il y avait besoin de parents accompagnateurs pour aller à la piscine le samedi matin. J'ai posé la question à ma mère, mais là encore, trop de boulot et autre chose à foutre. C'est mon père qui nous accompagnera toute l'année. C'était trop génial il fait rire tout le monde dans l'eau. Mes copains et mes copines sont dingues de mon père. Ils trouvent que j'ai trop de chance.
A la fin de l'année, notre maître nous informe qu'il a besoin de l'aide des parents pour mettre les activités de la kermesse en place. Je pose donc la question à mes parents:
Mon père : «D'accord, je viendrais vous aider à mettre tout le matériel et les stands en place samedi matin»
Ma mère : «Certainement pas non! J'ai autre chose à foutre et j'les connais pas ces gens là!»
Je me demande même qui ma mère connaissait dans notre patelin quand j'étais gamine car elle ne voulait jamais voir personne, même quand ça sonnait à la porte c'était toujours
«Va ouvrir» ou «Qui c'est qui va ouvrir?» ou alors «Oh c'est qui ça encore?»
Même les potes ne venaient pas sonner.
Bref, revenons à cette fameuse kermesse. Mon frère et moi, avons passé la journée sur place avec notre père. Puis, l'après-midi, c'était spectacle et jeux. Au moment de se mettre en place pour le spectacle, je regardais de tous les côtés pour apercevoir ma mère. Je l'attendais avec impatience, trop fière de lui montrer ma danse. Le spectacle est terminé, elle n'est pas venue.....